Psychothérapies et perspectives de recherche
 
Louis COSTE PSYCHOTHERAPEUTE Argenteuil Ermont (Val d'Oise - 95)
 
EMDR - Une révolution thérapeutique
Guérir avec l'EMDR
Cerveau neuronal et « cerveau social »
Méditation et psychothérapie
L'altruisme dans la vie quotidienne

 
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EMDR - Une révolution thérapeutique [1]

D'emblée, Jacques Roques prend le parti de rétablir les réalités neurologiques:
nous avons deux cerveaux: un cerveau rationnel et un cerveau émotionnel.

Quelle est alors la fonction de l'EMDR ?

 
  • D'abord conçue pour traiter des chocs post-traumatiques, l'EMDR est utilisée pour traiter également certains troubles névrotiques en considérant les conflits comme des traumatismes issus de la nécessité pour l'individu de rester en vie.
    Alors, les mémoires traumatiques s'imposent comme un 'fait actuel': Ce sont les souvenirs et non les évènements eux-mêmes qui sont traumatisants.

     
  • conjuguer l'action des deux "cerveaux" par la double attention [2]: être dans l'évènement qui a traumatisé et se regarder soi-même en train de voir se dérouler cet évènement. Cela est très proche des techniques de méditation: "Je suis un spectateur attentif, mais neutre, de mon moi qui pense, éprouve ressent".(p.178)
    L'attention du patient est bifocale. Il "est à la fois dans la reviviscence du passé et dans l'observation actuelle de ce qui se passe en lui quand celle-ci-survient". (p.183)

     
  • L'EMDR est un "trait d'union" vers les autres techniques thérapiques. [3]
     
  • L'EMDR permet de travailler avec des personnes (enfants et adultes)
    qui n'ont pas une grande aisance avec le langage verbal.

     
  • De par ma propre expérience, j'ajoute que L'EMDR apporte une issue en termes de guérison au travail psychanalytique effectué en amont, et qui a relevé les processus inconscients.
    Mais l'inverse est aussi vrai: le traitement d'un choc post-traumatique ayant été achevé, un travail psychanalytique de fond peut être enfin entrepris.
    Ce travail peut prendre aussi la forme de coaching.

     

Enfin, comme en psychanalyse, l'alliance thérapeutique est essentielle. Dans le cadre du traitement EMDR, le patient est considéré comme un partenaire.

Ajoutons que l'EMDR permet au même thérapeute de traiter plusieurs membres d'une même famille à condition que le secret de chacun d'eux soit préservé.

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[1] EMDR Une révolution thérapeutique, La Méridienne, Desclée De Brouwer, 2004

[2] Interview de Jacques Roques, Journal Réel, n°86, nov. 2005, p.30-31

[3] Je renvoie à l'ouvrage édité par Francine Shapiro: L'EMDR en tant qu'approche psychothérapique intégrée (EMDR as an Intregrative Psychotherapy Approach: Experts of diverse Orientations Explore the Paradigm Prim), American Psychological Association, 2è éd. nov. 2002



 
Enfin, la recherche reste ouverte quant à la valeur et au fonctionnement thérapique des métaphores en EMDR: "Chaque mot ouvre une porte et investit un ensemble spécifique de représentations psychocorporelles" précise l'auteur.


Guérir avec l'EMDR[1]
Dans ce nouvel ouvrage de développement et de recherche en thérapie EMDR, J.ROQUES nous apporte des précisions substantielles dans le traitement des patients multitraumatisés dès leur enfance, "empoisonnés" psychiquement.

 
  • Le traitement consiste à débusquer les traumatismes psychiques sous-jacents, issus d'une "lente sédimentation de la pression du milieu", afin de briser la "boucle d'autorenforcement analogue à une autosuggestion" assimilable à une mort permanente de la personne en souffrance.






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  • Au cours de traitements forcément plus longs (parfois supérieurs à trois ans), l'auteur met l'accent sur l'importance du vécu émotionnel en thérapie (la PE, Personnalité Emotionnelle étant mal articulée à la PAN, Personnalité Apparemment Normale). Il s'agit donc de "repérer à la fois la toxicité du milieu et ses effets sur le sujet", afin de définir des causes-cibles. Et pour les thérapeutes qui se demandent comment rendre les événements toxiques discrets (au sens de la statistique) au cours du traitement, J. ROQUES propose qu'en de tels cas, la situation tienne lieu d'image.






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  • Il souligne encore l'un des fondements du traitement EMDR: "Une fois traitée, la personne retrouve son statut quo ante. "Si elle était névrosée ou dépressive avant, voire même psychotique, elle le sera après. Par contre elle ne souffrira plus de son traumatisme". (Cela n'est pas sans rappeler les longs combats pour la reconnaissance de la souffrance mise en évidence par la psychanalyse du nourrisson, comme la nécessaire création de Centres Antidouleur dans les années 1990)
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[1] Guérir avec l'EMDR, Traitement, théorie, témoignages, Ed. du Seuil, 2007
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Cerveau neuronal et « cerveau social
Mes commentaires apportés au dossier Freud et la science, n°397 Mai 2006 de La Recherche.

Henri Poincaré, dans Science et Hypothèse publié en 1900, -la même année que l’Interprétation des Rêves de S. Freud-, conclut : « La conséquence est que la science n’atteint pas les choses elles-mêmes, comme le pensent les dogmatismes naïfs, mais les rapports entre les choses; en dehors de ces rapports, il n’y a pas de réalité connaissable.»
La psychanalyse freudienne n’affirme pas autre chose. Elle s’inscrit dans l’ensemble des connaissances humaines en montrant des variations de forces interpersonnelles psychiques à l’œuvre. C’est pourquoi les individus ne peuvent constituer des systèmes paramétrables, fixes et constants dans le temps.

Il nous faut par conséquent reconsidérer le caractère scientifique des événements qui ne peut incomber au seul naturalisme. Comme le rappelait P. Descola dans le n°374 Avril 2004 de La Recherche, chaque culture se nourrit aussi et à divers degrés d’animisme, de totémisme et d’analogisme. Or, ces trois réalités culturelles universelles ne peuvent être étudiées scientifiquement en tant qu’objets au même titre que le naturalisme parce qu’elles font davantage référence à la perception intime et non au savoir issu de l’observation d’un objet par un sujet.

La question primordiale est donc la suivante : Le caractère scientifique d’un événement n’émerge-t-il pas de l’articulation de nos conceptions naturalistes avec la perception intime des phénomènes ?
Dans l’affirmative, il faut faire l’hypothèse de l’existence d’un « cerveau social » trans-individuel opérant au cours du fonctionnement mental du cerveau neuronal.
Cela expliquerait pourquoi seules les opérations mentales sont actuellement répertoriables.
Pour en savoir plus... Le cerveau à tous les niveaux

 
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Méditation et psychothérapie

Ouvrage collectif, sous la direction de Jean-Marc Mantel, Albin Michel, 2006.

Dr. J.-M. Mantel rappelle d'abord à quel point nous sommes peu présents au monde. La méditation, synonyme d'état statique peut être pourtant vécue dans l'action physique. La méditation apprend -souvent au terme de longues années-, que la souffrance et la joie ne sont en relation ni avec la situation ni avec l'intention.
J.-M. Mantel propose d'articuler psychothérapie et méditation sous la forme de psychothérapie méditative.

Brigitte Khastan, résume en quelques points l'état actuel de l'évolution des thérapies:

Jean-Pierre Schnetzler se demande comment utiliser au plan thérapeutique la méditation qui a une vocation spirituelle à l'origine.

S'individualiser avant de se dissoudre: tel est le fondement de la construction d'une psychothérapie méditative à venir, visant le "calme attentif" qui apaise l'angoisse. A cette fin, l'exposition à l'angoisse de la mort, imaginairement et symboliquement provoquée, est nécessaire pour traiter les formes de toxicomanie.
Jacques Castermane, insiste également sur l'incorporation de l'effroi et de la destruction dans l'imagination, en tant que techniques symbolisant le dépassement du moi.

Remarquons les références bibliographiques impressionnantes fournies par J.-P. Schnetzler qui récapitulent à ce jour les recherches en méditation et psychothérapie.

Dr. Bernard Auriol qualifie l'état méditatif d'"éveil paradoxal" quand l'attachement, la répulsion sont vécus comme des conditionnements dont il faut se défaire.

Marshall Govindan insiste sur l'attitude des thérapeutes face au patient, qui prime sur la technique.

Dr. Jacques Donnars, interprète la phobie comme l'expression d'une soif de quête initiatique qui sourd au tréfonds de l'être.

Dr. Jacques Vigne évoque l'"enfant spirituel" présent dans toutes les traditions spirituelles en tant qu'état déconditionné et désinvesti: tel est le plaisir à être intériorisé dans l'ici et le maintenant. La différence entre le monde du rêve et le monde de la veille, n'est qu'apparence.

Enfin, pour Marc-Alain Descamps, comme pour les autres auteurs, l'engagement dans la méditation spiritualisante "suppose résolus les problèmes majeurs de l'équilibre du moi". La méditation est le prolongement naturel d'une psychanalyse qui a été effectuée au préalable.

 
Pour en savoir plus...

Quelques résumés de recherches récentes en méditation et psychothérapie

 

"Il considérait d'un œil attendri l'eau courante du fleuve, sa couleur d'un vert diaphane et les lignes cristallines de ses mystérieux dessins.Il voyait des perles brillantes monter de ses profondeurs et, à sa surface, des globules qui flottaient et dans lesquels se reflétaient les teintes azurées du ciel.

Le fleuve aussi le regardait de ses mille yeux verts, blancs, 若葉と水の輝きbleus, argent. Le sentiment qu'il éprouvait pour lui c'était à la fois de l'amour, du charme, de la gratitude. Dans son cœur, il écoutait parler la voix qui s'était réveillée et qui lui disait: "Aime-les ces eaux. Demeure auprès d'elles. Apprends par elles" Oui, il apprendrait par elles. Il deviendrait leurs secrets, il acquerrait le don de comprendre les choses, toutes les choses, et de pénétrer dans leur mystère..."  Hermann HESSE, Siddhartha, Le passeur,Grasset, 2008



 
L'altruisme dans la vie quotidienne
Mes commentaires adressés à Jacques Attali à propos d' "Une brève histoire de l'avenir", Fayard, octobre 2006.


Je viens de lire avec passion votre récent ouvrage. Vous excellez dans le développement "horizontal" de l'histoire événementielle. En ce sens vos propos sont le reflet d'une aire contemporaine davantage hypermatérialiste que marchande.
Mais nous nous accordons sur le fait qu'une hyperpolarisation mondiale des "coeurs" mènerait à la destruction à court-terme de l'humanité.

Il nous faut donc revenir au centre de la sinusoïde. Faisant suite au développement des valeurs verticales qui ont miné l'esprit d'entreprise, les valeurs horizontales à leur tour dilueront les individualités. Sur le long terme, ce n'est pas mieux. Au centre dynamique de la sinusoïde se trouve la conception bouddhique de l'univers qui nie l'existence d'une conscience personnelle permanente et inchangée, telle qu'elle est comprise dans les croyances sémite, gréco-latine, chrétienne, animique...

Et si l'individualité n'était qu'une phase nécessaire du développement de la personnalité, et non une fin ? Certes, il s'agit du non-agir. Néanmoins, il me semble que vous considérez le non-agir comme un lieu de repos fait pour les "hypernomades" ou pour les frustrés de la consommation et trop peu pour les "transhumains".
Ainsi encore, lorsque vous proposez que : l'Asie entend libérer l'homme des ses désirs, tandis que l'Occident souhaite lui permettre d'être libre de les réaliser, vous montrez finalement que les conquêtes asiatiques diffèrent très peu des formes occidentales du désir. On ne peut donc différencier l'Asie et l'Occident selon les critères de gestion du désir. Car ce qui rapproche les humains aussi éloignés - apparemment - les uns des autres, est simplement la vision de dualité très bien décrite dans tous les textes bouddhiques auxquels "Une brève histoire de l'avenir" pourrait-être jointe. Votre ouvrage est un exemple excellent de la roue de la réincarnation du désir.

Je reconnais qu'il est encore difficile de percevoir comment la non-dualité des phénomènes peut se concilier avec le nomadisme croissant, mais je suis convaincu que cette voie est très proche de ce que vous nommez valeurs altruistes. Cette voie commence à prendre place en Europe. Finalement, les conflits pour la liberté n'y auront pas éclaté pour rien !

Ainsi donc, je suis surpris que le départ des Tibétains du Tibet, leur dispersion sur la planète et particulièrement en Europe, ne semble pas annoncer un "coeur mondial" d'avenir dans votre ouvrage. Cet acte n'est-il pas pourtant un signe-clé de l'attitude juste et relationnelle dans la vie, signe-clé que les instigateurs des conflits au Moyen-Orient, entre-autres, ne veulent pas percevoir ?

L'altruisme intérêt de chacun devient dès lors un pléonasme.



Réponse de Jacques Attali:

 
Je vous remercie de ce commentaire. Je suis comme vous convaincu qu'il y dans le bouddhisme, ou du moins dans une partie du bouddhisme, une façon de vivre l'altruisme. Puisse la diaspora tibétaine y jouer un rôle. Merci.