Psychothérapies et perspectives de recherche 

Louis COSTE PSYCHOTHERAPEUTE Argenteuil Ermont (Val d'Oise - 95)


 

La fragilité psychologique des surdoués
La notion d'accordage avec l'enfant précoce
Adolescence et ivresse
Le phénomène Descola
Théorie des Catastrophes et psychanalyse: des points de passage ?

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J'attire votre attention sur un entretien avec Jeanne SIAUD-FACCHIN*, intitulé : « Un QI élevé peut cacher une fragilité » qui paraît en décembre 2004, dans la revue LA RECHERCHE**. Les points considérés les plus importants sont les suivants:

• Le rappel que les tests de QI ne mesurent pas l’intelligence mais l’efficacité du fonctionnement intellectuel. Il est d’ailleurs rappelé que le QI est seulement un indice au même titre qu’un indice de fièvre sur le thermomètre, et qu’il faut inscrire le résultat dans le cadre d’un bilan psychologique global.

• Les tests sont toujours affinés par validation sur des échantillons représentatifs de la population (comme nous le rappelait Eric THURON dans son intervention du 9/10/2004, à l'AEP d'Ermont), avant leur utilisation.

• L’étalonnement des échelles de QI est adapté en fonction des socio-cultures.

Au printemps 2005, les échelles classiques de QI-verbal et de QI-performance seront affinées et incluront :

- la compétence verbale
- le raisonnement perceptif
- la mémoire de travail
- la vitesse de traitement de l’information

Ces intégrations bénéficient des travaux en neuro-psychologie de LURIA, montrant que pour construire le sens, le cerveau traite l’information :

- soit sur un mode séquentiel et déductif, faisant appel davantage à l’hémisphère gauche,
- soit sur un mode global, mobilisant davantage les capacités visuo-spatiales (comme dans l’écriture idéogrammique). Les surdoués, en effet, sollicitent de préférence l’hémisphère droit pour réaliser des tâches.

Enfin, il est rappelé qu’«un QI élevé peut être obtenu par une personne qui surinvestit la sphère intellectuelle et se raccroche aux aspects logiques de son raisonnement pour se prémunir d’angoisses internes violentes et destructrices».

Il importe donc de poursuivre les recherches qualitatives sur la manière de penser des enfants au QI élevé, liée à :

- l’image qu’ils ont d’eux-mêmes,
- leur sensibilité extrême aux critiques parce qu’ils utilisent justement de manière préférentielle l’hémisphère droit qui réagit aux émotions.

(*) Jeanne SIAUD-FACCHIN, psychologue clinicienne, exerce à l’Hôpital de la Salpêtrière.
(**)Revue LA RECHERCHE, décembre 2004, n° 381, pp. 59-62.
 
Où l'on voit par conséquent tout l'apport possible du rêve-éveillé à l'enfant précoce. Le rêve-éveillé canalise les pulsions destructrices grâce au 'passage à l'acte imaginaire' pour devenir acte de création. Sans priver l'enfant de sa boulimie de connaissances, l'acte imaginaire est un trait d'union avec la réalité dans laquelle l'enfant inscrit son agressivité positive et singulière, afin de résorber l'angoisse.

Exemple d'accordage avec l'enfant précoce

Il s'agit d'une variante du squiggle. L'enfant et le thérapeute tracent quelques traits de manière spontanée sur leur feuille respective. Les feuilles sont échangées. Puis il est demandé à chacun de deviner et de compléter l'image initialement esquissée de manière à obtenir une image acceptable pour l'un et l'autre. Dans notre exemple, figure à gauche l'image finale complétée par le patient à partir du squiggle. A droite, celle dont le squiggle est complété par le thérapeute.

   Phase 1: mes traits initiaux sont d'abord rayées transversalement par l'enfant. Il tente dans un deuxième temps de créer une image acceptable qu'il nomme "pingouin". Comme la ressemblance (manipulée !) n'est pas acceptée par le thérapeute, l'accordage est considéré comme inadéquat.



















J'intègre les traits initiaux de l'enfant de manière à obtenir un accordage maximal. Je ne barre aucun de ses traits. Puis je nomme cette image "femme au chapeau". L'accordage est acceptable, mais l'enfant l'accepte difficilement.

​   Ici, j'intègre les traits esquissés par l'enfant en proposant "une chevelure teinte", à partir de laquelle je déploie une tête.





















L'enfant redouble d'efforts pour me compliquer la tâche. Je nomme les traits "brume" et les images qui se déplacent: "fantômes". L'accordage n'est pas refusé par l'enfant.

 



De tels exercices d'accordage sont indispensables pour amener progressivement l'enfant précoce à lier plaisir et efficacité au cours d'un travail mené à l'unisson.

Adolescence et ivresse


• Constatations: à partir du livre Adolescences, Repères pour les parents et les professionnels [1]. Sous la direction de Philippe Jeammet.

Les adolescents accordent à la famille et à la transmission le premier rôle en tant que système d’influence dans les comportements : « Si l’on ne sait pas d’où l’on vient, on ne peut pas savoir où l’on va ». Les ados ont besoin de leurs parents avec leurs limites. Des deux parents, les relations avec leur mère semble meilleure, cela pour les garçons et les filles.
Mais paradoxalement, ce qui vient des adultes hommes ou femmes, pose problème, car « on ne devient soi-même qu’en dehors de l’autre, au prix d’un certain éloignement » pour acquérir la confiance en soi. Le groupe, les tiers, un copain une copine permettent à l’adolescent de fuir la présence physique des parents. En connaissant la position parentale, sans forcément y adhérer, l’ado trouve ses propres limites. D’où la nécessaire fonction d’appel à la parole qui rende compte du passé parental qui, -s’il a pu être transmis-, a pu aussi resté tu, enfoui.

Concernant les modifications comportementales, l’adolescent sort de son univers pour s’ouvrir à celui de la différence.
La pulsion sexuelle est une expression de la pulsion de vie et la masturbation n’est perturbante que si elle risque à long terme de ne plus relier le plaisir aux autres.
La prise de risques est destinée à augmenter la confiance en soi. Bien qu’on ne sache pas encore avec certitude si les filles tendent actuellement à suivre les comportements à risque masculins, le sport représente la 1ère cause d’accident chez les 13-19 ans. Les troubles du sommeil, présents précocement, ont augmenté très nettement depuis 10 ans.
Le corps est mis à l’épreuve lors du passage à l’acte sexuel. A ce propos, se sentir «homosexuel» c’est d’abord être en fuite de l’autre sexe. L’attirance sexuelle n’est pas fixée définitivement. La rencontre de l’autre (chez les ados, comme chez les adultes), doit intégrer de nos jours le risque des MST, alors que les premiers rapports non protégés demeurent fréquents. L’expérience amoureuse est unique et singulière et ne peut guère se transmettre que par l’exemple, mais certainement pas dans son vécu.

• Réflexions et propositions:

Ces constations faites, je crois qu’il faut distinguer chez l’adolescent la recherche de l’ivresse, de la recherche des addictions par apport externe: (alcool, canabis,[2], NO2,…), ou par apport interne (investissements sportifs pour obtenir des décharges d’endorphines, respiration de CO2, hyperventilation provoquée,…)
Le nécessaire détachement de l’adolescent doit être accompagné d’un soutien familial. On a trop tendance a oublier que dans la plupart des sociétés, le détachement se déroule sous forme d'initiation ritualisée pour faire accéder l'adolescent au groupe. Le rite de passage est indispensable. On ne peut en faire l’impasse, au risque de voir le rite resurgir violemment et prendre des allures sauvages de "bisutage", de première "cuite" à l’occasion du premier bal. Les risques de déstructuration psychologique et physiologique, -comme l'augmentation des pertes d’audition à l'issue des « raves »-, sont connus. Dans ce cas, l’attaque du corps est en lien avec l’attaque violente du corps parental.
Or, la ritualisation violente est récupérée par le consumérisme: propulser l’ado rapidement dans le monde du travail, devancer ses besoins, l’inclure au plus tôt dans un monde de « réalités » qui doivent lui faire perdre ses « illusions », au profit de paradis artificiels. On met à sa disposition des désirs au lieu de lui laisser le temps d’advenir à ses désirs afin qu'il les associe aux désirs qui lui sont proposés.

Quand il n’a d’autre recours que de détruire la vie, l'adolescent s’enivre d’actes mortifères.

[1] Ed. La Découverte, Paris, 2004, 225 p. Philippe Jeammet est psychanalyste et professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris – V. Il est également, chef du service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’institution mutualiste Monsouris, 42, bd. Jourdan, 75014 Paris.

[2] Lire l'excellente synthèse intitulée: La vérité sur le canabis, parue dans La Recherche, n°363, mars 2003, p.26-32.

Obervatoire français des drogues et des toxicomanies
Fédération française d'addictologie
Descriptif des produits
A propos du plaisir et de la douleur...
Traitement des addictions en Emdr (résumé en anglais)
Traumatismes de l'abandon et Emdr (résumé en anglais)
Tentative de suicide et traitement (résumé en anglais)



			
 
Il nous faut distinguer l’ivresse obtenue par les substances, destinée justement à annihiler le désir personnel et l’individuation, de l’ivresse liée à la découverte de soi à travers la relation aux autres.

L'adolescence est une recherche de l’ivresse liée à la pulsion de vie.

 

Le phénomène Descola
La notion de culture universelle a émergé en Allemagne au 19e siècle, avant de prendre son essor aux Etats Unis.
Or les travaux de Philippe Descola font état d'un dénominateur commun dans le comportement humain, par-delà les spécifités culturelles: chaque être humain opère une distinction entre une intériorité, -ou encore une expérience subjective de soi-, et une extériorité physique. La distinction corps/esprit est universelle. Nous pourrions ainsi adopter quatre modes d'identification à notre environnement:

- animique
- naturaliste
- totémique
- analogique

Toute société humaine serait dotée virtuellement de ces quatre modes d'interaction avec son environnement, mais ne les exploiterait pas tous de manière homogène, pour des raisons culturelles.
Les travaux de P. Descola sont d'une extrême importance, car ils permettent de comprendre pourquoi des individus en provenance de sociétés très différentes, peuvent s'adapter à une nouvelle vision du monde dans une autre culture. (Egalement pourquoi toute langue est traduisible dans une autre langue). Ces travaux remettent par conséquent en cause notre vision universaliste occidentale de la vie au sens où la science doit tenir compte certes du naturalisme mais aussi des trois autres modes d'appréhension de la réalité. La validité de la description scientifique des phénomènes est liée à cette honnêteté.

Philippe Descola, professeur au Collège de France
LA RECHERCHE, n° 374, avril 2004, p.63-67.
 
 
Pour ces raisons, la notion de psychisme ne peut être réduite à la seule notion 'naturaliste' de mentalisme. Car on confond trop souvent, ces temps-ci, 'naturalisme' et 'scientificité'.


  Théorie des Catastrophes (TC) et psychanalyse: des points de passage ?[1]
 

René Thom pense que de l'inanimé au biologique, un même fond régit les comportements dans l'apparition et l'élaboration des langages (qui constituent des systèmes sémiologiques au sens large). Des universaux actanciels génériques irradient qualitativement, à différents niveaux, les comportements de la matière, de la biologie et du langage: ce sont la prégnance et la prédation. Le développement d'un individu ne peut donc être étudié ni hors contexte environnemental, ni à l'écart de l'ensemble des descriptions scientifiques. Freud, quant à lui, développe ce concept fondamental tout au long de son oeuvre, que la pensée n'est qu'un substitut du désir hallucinatoire" [2] ! Or, pour R. Thom, l'hallucination est assimilée à la mémorisation de la prédation et en constitue un reflet (les proies antérieurement capturées). Elle agit comme un manque, un rappel du désir/plaisir. Il s'agit d'une vision pavlovienne du comportement.
Sans la renier, Freud pense que le désir n'est lié à la notion de manque que jusqu'à un certain seuil rapidement dépassé dans le phantasme qui supplante en permanence le biologique pour propulser l'individu dans l'épopée mythologique. Mais l'obligation qui est faite à l'être humain de vivre, ramène l'individu à la société et établit un homéomorphisme de compromis [3].
Thom et Freud sont tous deux à la recherche d'un système explicatif qui tende à formaliser l'apparition et le déploiement du désir (ce à quoi la 'métapsychologie' était, au fond, destinée à répondre). L'intérêt de la T.C. est de proposer et de développer une schématisation actancielle et prédative de l'individu. Pour R. Thom, le psychisme n'est qu'un des comportements élaborés du biologique. L'ndividu est UN selon les phénomènes de saillance/prégnance locales, et son comportement s'inscrit dans un espace/temps correspondant à des schèmes cernables.
Freud, quant à lui, souhaite, par la clinique, obtenir les preuves d'une topologie des grandes instances psychiques, mais réaffirme à chaque instant que leur topologie organique est virtuelle. Il ne définit pas la notion de "frayage", par exemple, comme une organisation neurologique. Sous cet angle, les excitations provenant des désirs inconscients sont indestructibles [4]: Freud utilise les mots "chemin", "mouvement" pour évoquer le désir. Il conçoit un "appareil primitif de l'appareil psychique où ce chemin est réellement parcouru et où le désir, par conséquent, aboutit en hallucinatoire." Cela sera confirmé par M. Klein à propos de la phase schizo-paranoïde du nourrison: si "la satisfaction ne se produit pas" et que "le besoin continue, il n'y a qu'un moyen de rendre cet investissement interne équivalent à la perception extérieure: c'est de la maintenir d'une manière permanente, continue; c'est ce que réalisent les psychoses hallucinatoires et les fantasmes des inanitiés, où l'activité psychique s'épuise à retenir l'objet désiré." D'ailleurs R. Thom ne décrit pas de système hallucinatoire au sens des psychoses, et se contente d'affirmer, comme Freud, qu'un désir, un ensemble de désirs peuvent être ainsi vécus de manière interne comme s'ils étaient vécus à l'extérieur.
Si le désir exerce cette puissance de pression et de pliure du biologique, faut-il alors imputer au phantasme toute démultiplication et déformation d'un homéomorphisme entre biologique et psychique ?

[1] Réflexions autour de Modèles mathématiques de la morphogenèse, Christian Bourgois Editeur, 1980. et de L'interprétation des rêves, P.U.F., 6e tirage, février 1987.

[2] L'interprétation des rêves, P.U.F., 6e tirage, février 1987, p. 482.

[3] "Il me semble plutôt qu'en acquérant progressivement le contrôle de notre vie pulsionnelle par notre activité intellectuelle, nous renonçons à la formation ou au maintien de désirs aussi intenses que ceux de l'enfant, parce qu'ils nous semblent vains." p. 470. Et à propos du concept d'homéomorphisme chez R. Thom, on retrouve cette idée chez Freud: "On connaît le principe associationniste, toujours confirmé par l'expérience, selon lequel toutes les représentations qui sont déjà étroitement associées à d'autres se refusent à contracter des associations nouvelles; j'ai essayé de fonder sur ce principe une théorie des paralysies hystériques." p.479.

[4] "Ces actes constituent des voies frayées une fois pour toutes, jamais hors d'usage et qui entraînent l'excitation inconsciente chaque fois qu'elle les réinvestit." p. 470
 
L'être biologique a cette capacité de visualisation qui fonde tant la prédation (pour Thom) que la phantasmatisation (pour Freud).
La perception archaïque de l'être humain est "nettement visuelle primitivement", nous dit Freud.
Ce fond commun aux deux systèmes mérite qu'on en découvre les incidences dans la théorie du rêve-éveillé.


 
Louis COSTE, psychothérapeute,Argenteuil,Ermont (Val d'Oise-95)

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