Psychothérapies et perspectives de recherche
 
Louis COSTE PSYCHOTHERAPEUTE Argenteuil Ermont (Val d'Oise - 95)


 
Recours au virtuel ou à l'imaginaire dans le traitement des phobies ?
Influences pré- et néonatales dans le développement psychique
Alliance thérapeutique ou amour de transfert ?
L'inconscient psychique n'est pas seulement subconscient cognitif !
Tatouage, piercing, anorexie, boulimie: le corps à l’épreuve du corps social

 
 
Recours au virtuel ou à l'imaginaire dans le traitement des phobies ?
 
Mes commentaires apportés à l'article de Jean Cottraux intitulé Le Virtuel contre les phobies, parus dans La Recherche, n°384, mars 2005

Du point de vue de la validité d'un protocole de recherche en psychologie, l'exemple à partir duquel J. Cottraux construit son argumentaire, est faussé.

En effet, les deux amies françaises, aussi amies soient-elles, peuvent souffrir d'une anxiété anormalement élevée à la suite du crash de l'avion qu'elles ont failli emprunter, mais l'anxiété de l'une et de l'autre sont à considérer à la lumière d'une anamnèse individuelle serrée.
On peut certes, comprendre que mécaniquement, l'"irradiation" d'un phénomène phobogène s'installe, mais on ne ne peut admettre qu'il déclenche les mêmes symptômes avec la même acuité, indépendamment de l'histoire de l'individu.
C'est d'ailleurs l'une des difficultés incontournables en sciences humaines, à savoir que les mêmes effets apparents ne sont pas dus aux mêmes causes.
Rappelons que c'est pour ces raisons que le rapport de l'Inserm (cité dans l'article) a pu, à l'époque, être tant décrié du point de vue de la validité scientifique.

Il faut donc corriger l'exposé du problème, car on ne peut occulter la notion de sujet. La tentation d'intégrer la technologie à la psychothérapie, en tant qu'outil exogène et de lui octroyer le statut de quasi-médicament, est un désir sous-jacent.
Mais de nombreuses expériences montrent combien l'effet placebo induit par la nouveauté technologique (ici le visiocasque) interfère avec la stimulation implicitement demandée au patient, pour lui permettre de mobiliser toutes ses ressources.
Or, des techniques comme le rêve-éveillé psychanalytique faisant appel à l'imaginaire (et non au virtuel), c'est-à-dire à la dynamique endopsychique du patient et couplée éventuellement à l'EMDR (Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires), en cas de stress post-traumatique élevé, donnent des résultats rapides et efficaces.
 
Réponse de Jean Cottraux parue dans La Recherche, n° 386, mai 2005, p.6
 
"Merci de votre commentaire. L'histoire a dû être très concentrée. En fait l'anamnèse serrée a été faite et n'a rien apporté de significatif, si l'une des deux personnes présentait un trait anxieux de personnalité: l'"irradiation anxieuse" chez elle a été plus forte. Je pense que les thérapies comportementales et cognitives (TTC) intègrent la notion de sujet à leur manière, dans la mesure où elles s'intéressent, comme toutes les thérapies, à l'histoire des événements de vie et à leur vécu.
Le rapport de l'Inserm est une synthèse des travaux de recherche en psychothérapie analytique, familiale et cognitive comportementale. Il a validé avec un grade A (efficacité démontrée) aussi bien les TCC par exposition que la désensibilisation et le retraitement par les mouvements oculaires (EMDR) dans le traitement du stress post-traumatique, étant donné le grand nombre d'études convergentes. Il a attribué dans cette indication un grade B (présomption d'efficacité) à la thérapie analytique (une seule étude).
Les travaux en cours permettront, dans un délai de deux ou trois ans, d'évaluer la pertinence de la thérapie par le réalité virtuelle dans plusieurs troubles anxieux par rapport à des conditions contrôles ( placebo, autre thérapie ou liste d'attente)"
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"Influences pré- et néonatales dans le développement psychique"
A propos de PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE - THEORIE ET CLINIQUE - Sous la direction de J. BERGERET, avec la collaboration de A. BECACHE, J.-J. BOULANGER, P. DUBOR, M. HOUSER, J.-J. LUSTIN, 9e édition, Masson, 2004


Cette 9e édition des Abrégés de Psychologie Pathologique - théorie et clinique-présente l'avantage d'une synthèse claire de la théorie freudienne du développement et de la personnalité.

Mais l'intérêt majeur de l'ouvrage réside dans la présentation des avancées liées au domaine des influences pré- et néonatales.
En effet, comment mettre en doute que "l'état psychophysiologique de la mère exerce une influence sur le type de comportement du foetus normal".

Ainsi sont discutés:

  • la notion classique d'élaboration du psychisme, puisque dès le stade utérin le foetus suce son pouce.
    Y aurait-il une pulsion orale primaire antécédent les apprentissages ultérieurs ?
    On se demande alors ce que peut signifier encore l'expression "état indifférencié" au stade foetal. Freud postulait déjà une régression qui dépassait l'individu et remontait jusqu'aux sources phylogénétiques, inscrites dans le symbolisme du rêve, indépendamment des formes de civilisation.
    Dans la prolongement de cette pensée, l'universalité des fantasmes originaires est à rapprocher de celle des symboles.
  • l'existence d'angoisses précoces distinctes de la peur et profondément enracinées à la fois dans le corps et dans les débuts de la vie psychique. Comment cerner alors la prédisposition à l'angoisse d'un enfant à l'autre ?
  • le rappel que pour certains analystes, à la suite de Mélanie Klein, le nourrisson a d'emblée des relations de type objectal et présente un Moi fonctionnellement actif, qui vit une intensité et une violence (violence au sens littéral d'"un désir de vivre à tout prix") de la vie fantasmatique.
    Les auteurs insistent sur l'importance de la violence instinctuelle primitive avant que ne puisse survenir une capacité relationnelle objectale et sexuelle. D'ailleurs, pour Kohut, l'objet à l'origine, fait partie du psychisme de l'enfant; il le fait exister.
    Car il existe déjà, à l'étape foetale, une forme très provisoire et très rudimentaire d'"objet". L'inscription imaginaire initiale du nouveau-né se prolongerait alors progressivement dans le jeu interactif.
    Et le "Moi" est ce qui permettrait la constitution du monde du "possible" selon Widlöcher
  • l'existence de deux angoisses de castration: l'une narcissique, prégénitale et phallique, l'autre génitale, oedipienne et objecto-centrée sur le pénis.
    Le déroulement non tranché des stades phallique et oedipien. Cela donne à l'analyse un aspect psychodynamique en ce sens que ce qui compte chez un sujet donné ce n'est pas tant une "architecture" fixée, c'est-à-dire, décrite en termes de type structurel, fermé et immobile, que les capacités mobilisatrices du sujet.
  • au plan métapsychologique, la notion d'énergie: libido postulée quantifiable (mais non mesurable effectivement), et de nature sexuelle. Mais on remarque que l'énergie propre aux autres pulsions (les pulsions d'autoconservation, par exemple) n'a pas reçu de dénomination particulière du point de vue freudien.
  • la présence d'une inscription sexuelle dans l'imaginaire "primitif" de l'enfant, dès la naissance, opératoire par la suite dans une structuration de l'appareil psychique et la mise en jeu de l'Oedipe.
  • la présence de l'Oedipe, qui selon Lacan, est là avant le sujet. Présence qui rappelle en d'autres formes que le mythe du père de la horde primitive présente l'interdit de l'inceste comme un forme phylogénétique qui se retrouve dans le développement individuel.
  • la notion de "triangulation" plutôt que de "conflit oedipien".
    Et encore à propos de l'idéal de soi, que l'idéalisation a lieu antérieurement à l'Oedipe, lorsque l'enfant attribue aux parents des pouvoirs magiques.

Dans la suite des nouveautés,
 
  • On propose de remplacer Moi par Soi, forme réfléchie qui va d'ailleurs dans le sens des travaux de Freud.
  • On souligne (page 86), la similitude entre rêve nocturne et rêve éveillé, ce dernier offrant l'avantage de la cohérence de l'élaboration secondaire.
    Dans les deux cas, la fantasmatisation est sous-tendue par le désir non satisfait dans la réalité. Une des modalités de l'imaginaire est en effet de garantir la satisfaction de la pulsion sexuelle grâce au renouvellement fantasmatique. Par extension, la vie psychique est tissée sur la trame d'une activité fantasmatique. On rappelle que pour Lebovici, le souvenir pur n'existerait pas et que toute évocation de souvenir serait la synthèse d'une trace mnésique et d'un fantasme.
    Même si la pensée est la fonction la plus élaborée de représentations, elle n'en conserverait pas moins des liens étroits avec le fantasme.
    (D'où l'idée que la guérison des malades psychosomatiques, passe par la reprise de l'activité fantasmatique.)
  • De même que les compétences du nouveau-né apparaissent de nos jours comme beaucoup plus étendues qu'autrefois, le foetus est devenu un patient à part entière: on agit sur lui, on peut le traiter, le soigner...
    (p. 142) "Pour conduire assez loin une cure psychothérapique assez productive, il y a souvent lieu de retrouver, puis d'élaborer, les traces laissées par des traumatismes divers, mais importants, remontant à la période foetale..."
    Certaines observations récentes démontrent l'impact différé jusqu'à l'âge adulte d'un traumatisme de la grossesse. mais le mystère de son mode d'inscription ou de transmission reste entier.
    Ou encore (p.143), "Et par-dessus tout, l'interprétation d'emblée sexuelle des contenus des fantasmes originaires prétend pouvoir complètement négliger ce qui a pu se passer à l'époque où un foetus inaugurait un mode, certes rudimentaire et progressif de mise en activité de son fonctionnement perceptif, et au-delà, de son fonctionnement imaginaire..."

    On perçoit tout l'intérêt pour le développement psychanalyique actuel et à venir d'un tel état de fait:

     
    Il existe des "souvenirs non souvenirs" dans le psychisme, que le patient peut reconstituer en "souvenirs" objectalement représentables et élaborables.


Enfin, on peut regretter que les auteurs n'en disent pas plus sur ce qui peut prédisposer à la dépression dans le cadre d'une organisation de la personnalité, tout en acceptant l'engramme bio-génétique dans les psycho-maniaco-dépressions.

Quelques recherches récentes remettant profondément en cause la méthodologie piagétienne...

L'enfant perçoit les quantités dès l'âge de 3 mois (en anglais)
Dès l'âge de 8 mois, le bébé peut envisager le probabilité d'un événement futur (en anglais)
 
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Alliance thérapeutique ou amour de transfert ?
Mes réflexions à partir du dossier L'enfant et son développement, paru dans La Recherche, n°388, juillet-aôut 2005

L'actualité des sciences met implicitement l'accent sur l'être humain en tant qu'être social. On serait déçu tout au long du dossier par le laborieux effort d'argumentation fourni, si l'objet des recherches n'était d'apporter une explication scientifique à la plupart des affections intimement liées au développement de l'enfant.
 
  • Le socle des affections pourrait déjà se forger lors de la formation des cellules précurseurs des neurones qui, chez l'embryon prolifèrent dès le deuxième mois: celles qui n'établissent pas de contact meurent. J. Decety signale que la capacité du bébé à imiter, dès la naissance, une expression faciale par exemple, peut ne pas être intentionnelle. C'est ce qu'on appelle la résonance motrice. Reste à savoir comment elle est reliée génétiquement et/ou empathiquement à la résonance émotionnelle.
  • Olivier Houdé ajuste les travaux de Piaget, en montrant qu'il existe déjà chez le bébé des capacités cognitives assez complexes, des connaissances physiques, logiques, mathématiques et psychologiques non réductibles à un fonctionnement strictement sensori-moteur. Le sens du nombre antécède le langage.
  • De même, au plan de l'acquisition de la langue humaine, la plupart des résultats convergent vers l'admission d'une prédisposition innée de l'enfant à apprendre et à opérer une distinction entre langue maternelle et langue étrangère sur la base de la mélodie.
  • On met en avant l'attachement à l'autre en tant que régulateur physiologique capable de sécuriser suffisamment l'enfant (travaux de Bowlby). Antoine Guedeney tient à opposer à cette conception celle de Freud à propos de la sexualité. Pour ma part, tant l'oeuvre de Mélanie Klein que celle de Bion tout comme celle de René Thom, permettent de concevoir l'enfant aussi comme potentiellement prédateur. Or tout prédateur en herbe est en danger... y compris au plan du développement de la sexualité. L'essentiel est de comprendre le développement dans la biologie, elle-même rémanente dans les rapports interpersonnels. L'enfant doit en effet élaborer sans cesse des théories sur le fonctionnement de son propre esprit et celui des autres pour comprendre la dynamiques des émotions afin d'ajuster ses comportements.
  • Le débat entre capacité de résilience (reconstruction de soi en lien avec une reconnaissance sociale, à la suite à d'une épreuve) et patrimoine génétique adéquat, se poursuit. Malheureusement, la faible taille de l'échantillon recueilli pour les recherches, ne permet pas d'identifier le risque de dépression à l'âge adulte des enfants maltraités porteurs de deux allèles courts (absence de gène antidépression) tout en ayant bénéficié d'un fort soutien affectif ! En d'autres termes, l'impact psychothérapique est éludé.
  • Enfin, on met en avant la possible existence à la naissance d'un module de la théorie de l'esprit (capacité innée à attribuer des intentions, des croyances des désirs...à autrui et à soi-même.
  • Dans la bibliographie proposée, deux ouvrages me semblent intéressants:
    - Michael Tomasello, Aux origines de la cognition humaine, Retz, 2004, 232 p., souligne que les enfants s'intéressent moins à l'objet qu'au démonstrateur et à ses actions. Le démonstrateur est comme eux, animé d'intentions, mais différentes des leurs. Imitation et capacité de s'identifier à l'autre sont la clé du développement de l'espèce humaine.
    - Roger Lecuyer, Le Développement du nourrisson, Dunod, 2004, 537p., incluant un article de Jacqueline Nadal, qui montre comment les bébés, très tôt, préfèrent l'"humain" au "non-humain".
 
C'est sur les résultats fournis par les plus récentes recherches que les réajustements psychothérapiques s'opèrent. L'être humain est programmé pour advenir individu parmi d'autres individus. Reste à savoir si le psychisme est exactement du biologique rémanent dans les relations interpersonnelles, auquel cas on peut concevoir l'alliance thérapeutique comme la mise en phase de deux organismes dont l'un (celui du thérapeute) peut stimuler la capacité d'auto-guérison de l'autre (le consultant). Ou bien, si la résonance émotionnelle dont les effets qui, pour être détectables, restent difficilement répertoriables, ne serait pas déjà engrammée dans la matière vivante exprimée sous toutes ses formes. Le potentiel de dynamisme issu des émotions est curateur dès lors qu'il est transférable d'individu à individu lorsque certains seuils de vigilance sont abaissés et que l'énergie psychique véhiculée acquiert du sens chez celui qui la reçoit. On peut la dénommer: amour de transfert.
 
 
L'inconscient psychique n'est pas seulement subconscient cognitif !
Réplique adressée à l'article de Pierre Buser intitulé L'inconscient résiste à l'expérimentation, paru dans La Recherche, n°391, novembre 2005

Petite précision sémantique et méthodologique apportée à l'article de Pierre Buser intitulé: L'inconscient résiste à l'expérimentation.

Les travaux de Pierre Buser opèrent dans le domaine de la non conscience au sens où l'observateur doué de réflexion sur son savoir n'a pas conscience en temps réel de certains processus cognitifs et affectifs qui se déroulent en parallèle.
Absence de réflexion et automatismes concomitants, comme l'acte de conduire lorsqu'on s'affaire à une autre tâche, distendent l'intersection forte entre les champs sémantiques de la conscience et ceux de la connaissance.

Il me semble donc que les termes d'inconscient affectif et cognitif utilisés par P. Buser, recouvrent celui de l'inconscience cher à la littérature scientifique et philosophique du début du XIXè siècle, terme qui tendra à être remplacé au début du XXè par celui de subconscient en neurologie.

En référence à la langue allemande, - puisqu'il est fait allusion aux travaux de Freud -, ce n'est pas 'bewusstloss' (sans conscience~sans savoir), qui traduirait l'état d'inconscient psychique, mais 'unbewusst', ( non su, mais connaissable et pouvant être élaboré en tant que savoir), ce qui implique un manque acquis lié davantage à un contexte qui prédispose à la transmission des connaissances, qu'aux seules opérations subséquentes d'acquisition des contenus.
En effet, une connaissance qui manque à l'observateur, peut toujours être comblée par une opération d'apprentissage réfléchie, alors qu'une distorsion acquise lors de l'acquisition d'une connaissance ne peut être seulement comblée par une opération d'apprentissage isolée, mais par une interprétation qualitative donnée à la valeur émotionnelle de la transmission.
La puissance de la théorie freudienne repose sur une forme de rétroactivité qui opère à l'intérieur du contenu subjectif des formes du discours. Ces formes du discours sont des opérations d'interprétation qui intègrent les connaissances au sens large et constituent le socle des constructions sociales.

Acquisition de connaissances et acquisition d'interprétations ne sont pas à mettre sur le même plan épistémologique, même si elles se conjuguent pour participer à l'épanouissement des individus.

Finalement, ne serait-ce pas l'expérimentation qui, de par sa propre mythologie conceptuelle, veut éluder l'inconscient psychique et le ramener à de 'pures' opérations cognitivo-affectives ?
 
Par ailleurs, P. Buser suggère que le rêve se formerait non seulement pendant le sommeil paradoxal, mais aussi à d'autres moments du sommeil, et pendant certains états de veille. Moments au cours desquels une grande production d'images a lieu, permettant au rêveur d'"opérer une projection dans le temps". Ce qui conforte la valeur thérapeutique du rêve-éveillé.
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Réponse de Pierre Buser parue dans La Recherche, n° 393, janvier 2006, p.6-7
 
"Le lecteur pose d'emblée l'inévitable question de la sémantique dans le domaine des états de conscience.
Ses arguments ne suscitent pas nécessairement mon accord, mais ils posent très clairement et très sympathiquement la question des terminologies dans le domaine.
En ce qui concerne la "non-conscience", je fus il n'y a guère interpellé par une psychanalyste qui me suggéra de désigner l'inconscient cognitif comme le "non-conscient", par opposition à l'inconscient freudien, je refusai bien sûr.
Autre argument de mon correspondant, l'inconscient affectif et cognitif seraient l'inconscience devenue le subconscient en neurologie. Ici, je poteste. Car j'ai volontairement voulu exclure le terme de subconscient. Le lecteur cite la neurologie, qui est précisément à mes yeux la discipline qui a le moins la parole dans ce débat. Je ne suis pas prêt à me ranger à une terminologie qui est assez vague, très utilisée il est vrai, mais à propos de laquelle on dit à peu près tout et n'importe quoi. Cela posé, je crois avoir fait dans mon ouvrage la distinction entre les opérations implicites (inconscientes) du sujet normal, et l'inconscient du comateux dont le niveaux de vigilance est considérablement abaissé.
Je fais davantage qu'une allusion aux travaux de Freud. Sans être analyste bien sûr, j'ai lu maints écrits de lui. J'ai fait, je crois, largement allusion au 'Unbewusst' et non au 'Bewusstlos'. Sinon dans mon chapitre sur la non-conscience pathologique du coma. Le comateux peut-être considéré comme 'bewusstlos', mais c'est en fait sa vigilance qui est touchée.
Je n'adhère pas à l'argument contre une "mythologie conceptuelle, qui voudrait ramener à de pures opérations cognitivo-affectives, l'inconscient psychique". C'est évidemment là que gît un problème. On se situe au carrefour d'un matérialisme, en quelque sorte éclairé car faisant une large place aux mécanismes de l'esprit sans les réduire aux processus élémentaires, et d'un dualisme de principe auquel nous ne pouvons adhérer. La tentation est grande, je le concède, de réduire ainsi l'inconscient psychique. Je crois avoir été suffisamment prudent cependant, en ne faisant pas réellement cette réduction, en laissant entendre que l'affectif pourrait faire le lien entre les entités aujourd'hui accessibles à l'analyse expérimentale et un domaine de profondeurs que l'investigation pourra peut-être un jour explorer instrumentalement."
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Tatouage, piercing, anorexie, boulimie: le corps à l’épreuve du corps social
Le tatouage, tel qu’il est pratiqué par l’enfant, n’est pas pathologique, tant est important le besoin de renommer symboliquement un corps si peu choisi à la naissance. Par contre, l’inscription subdermique devient problématique dès lors qu’elle ne confère plus à l’adulte une place au sein des groupes sociaux qui ne partagent pas ces pratiques. Les signes indélébiles incisés dans la chair incitent à faire savoir que le tatoué revendique ce qu’il affiche jusqu’à la mort.

Le percing se comprend comme la possibilité de passage à l’acte dans la maîtrise du devenir du corps. Le piercing est à la fois une inscription symbolique personnelle et en même temps le prolongement de l'injection subdermique d’une encre qui se substitue au sang. L’enveloppe corporelle serait alors baignée d’un autre sang provenant du corps social et non plus du corps parental. Le piercing est le signe d’une appartenance choisie et non plus héritée. Par l’inclusion d’un objet dans la chair, le langage - c’est-à-dire ce qui a pu construire l’individu et son histoire - est ainsi court-circuité. Le langage perd d’un coup sa fonction de filtre. Le corps devient objet, inclusion d'objets.

Dans l’anorexie, le même questionnement existentiel est à l’œuvre, si ce n’est que la totalité du corps - et non plus la seule enveloppe - est concernée. Il s’agit d’une maîtrise concernant le modelage du corps. Ici, l’injection de l’encre est remplacée par la pression-succion exercée sur le corps. La consistance de l’emballage sous vide est une bonne approximation du phénomène ! La peau doit coller aux os. La dévitalisation maximale est un signe de maîtrise de la souffrance et une capacité affichée de pouvoir échapper au lien social. Car si le percé aime afficher sa différence par une originalité sélectionnée sur catalogue, l’anorexique tire sa force d’un retrait souhaité et vécu dans sa chair. Il s’agit là d’une pulsion de contrôle destinée à simuler le devenir du corps.
Ainsi, l’anorexique prend les devants sur le devenir du corps qu’il sait par avance condamné à la déchéance. Ce n’est donc pas le suicide qui sous-tend la pulsion, mais la jouissance vécue au quotidien dans la dévitalisation. Bien évidemment, la perte de sens, l’inconscience, le dessèchement des relations accompagnent le rétrécissement organique.

 
Traitement EMDR d’une anorexie dans le cadre d’une thérapie globale et familiale
Présentation de cas dans le cadre de la 8è Conférence Européenne en EMDR, 15-16-17 juin 2007, Paris

Voici le cadre du traitement d’une anorexie chez une adolescente, Annie,13 ans. Le traitement a duré 10 mois.
Annie est née cinq ans après une demi-sœur, Joana, 18 ans, qui avait été récupérée par la mère lors d’une grossesse avant mariage.
Annie et Joana n’ont pas le même père.
Le père d’Annie, la mère, Annie et Joana vivent sous le même toit. Annie entre difficilement dans l’adolescence, alors que Joana s’exhibe depuis quelques mois avec son compagnon dans la chambre contiguë à celle d’Annie.
Les rapports sexuels particuliers sont utilisés par Joana à la fois comme instrument de vengeance envers sa demi-sœur, et encore pour attirer l’attention de ses parents sur sa problématique liée à son arrivée dans la famille.
Joana souhaite ainsi impliquer et irriter toute la famille pour résoudre un conflit interne. Elle réussit à persécuter Annie qui entre dans une phase aiguë de régression avec le souhait de se fondre en sa mère, au point de devoir dormir à ses côtés.
Annie développe progressivement une dépersonnalisation. Pour autant, Joana ne tente pas de s’approprier son beau-père: au contraire, elle le rejette d’autant plus qu’elle se rend très souvent sur les lieux du père-géniteur dont elle a retrouvé les traces.
Cette situation culpabilise a posteriori un beau-père qui estime avoir élevé sa belle-fille avec amour. Sa position de chef de famille est remise en cause.
La situation culpabilise également la mère qui avait pourtant choisi de garder Joana plutôt que d’avorter.
Joana grignote de jour en jour le territoire de sa demi-sœur sans pour autant vouloir continuer à s’insérer dans cette famille.

Le traitement préconisé sera :
- dans un premier temps, d’enrayer rapidement la dénutrition d’Annie par traitement EMDR (cognitions autour de l’estime de soi), puis traitement d’une peur de mourir (cognitions liées à la sécurité/survie), suivi du choix de «réussir » (cognitions liées à la possibilité de contrôle) ;
- de suivre en alternance les parents, Annie et Joana ;
- dans un second temps, de suivre Annie et Joana ;
- dans un troisième temps de traiter par EMDR quelques peurs chez Joana et abaisser son irritation en famille, puis préparer son départ ;

 
  • Séance après séance, Annie se réappropriera son corps grâce à une imagination et une activité onirique de veille mises au service de la guérison. Annie parviendra finalement à croire en la possibilité de « réussir » sa vie.
EMDR for healing anorexia in the field of a global and family therapy
Case exposed during the 8th EMDR European Conference, Paris 2007, june 15-16-17

Annie is 13-years-old.
Time treatment: 10 months.
Annie was born five years after his half-sister, Joana, 18.
Joana’s father is not the same. Annie’s father accepted the adoption of Joana.
Annie’s father, the mother, Annie and Joana are living under the same roof. Annie enters with difficulty into the adolescence, while Joana exposes herself since some months with a companion in the adjacent sleeping-room close to Annie’s room.
Some special sexual relations are used by Joana just as well to avenge herself on her half-sister, as to attract attention from its parents on her arrival in the family, at the age of 2.
Thus, Joana wishes to imply and irritate the whole family in the way of resolving an internal conflict. She succeeds persecuting Annie that enters into an acute phase of regression feeling she wishes to melt herself in her mother. And the point at which she become, Annie cannot prevent herself from sleeping with his mother.
Annie entered these states of progressiv depersonalization. For as much, Joana does not try to capture his father-in-law: on the contrary, she rejects it so much more than she treads in father's footsteps of which she rediscovered the tracks.
This position makes feel guilty his father-in-law who is sure to have raised Joana with love.
His is pertubed in the status of family’chief . His fragile position makes feel guilty also the mother that nevertheless had chosen to preserve Joana rather than to abort.
Joana shows interest from day to day in the territory of his half-sister without for as much to want to continue to insert herself in this family.

The recommended treatment will be:
- first, stopping quickly annie’s denutrition by EMDR (cognitions about the esteem of oneself), then treating the fear of death (cognitions linked to the security/survival) followed by the choice of "to succeed" (cognitions linked to the possibility of control);
- to follow in alternation the parents, Annie and Joana;
- in a second time, to follow Annie and Joana together;
- in a third time to treat by EMDR some Joana’s fears in order to reduce her irritation at her family;
- then to prepare herself for departure.

 
  • Session after session, Annie reaccustoms herself to her body thanks to an imagination and a dreamlike activity during the emdr-treatment. Annie will finally believe in the possibility of succeeding in her life.


Quant à la boulimie, la relation au corps s’exprime dans le relâchement du moi, c’est-à-dire, dans la perte progressive du contrôle sur le développement du corps. Si l’anorexie se caractérise par un retrait dans un monde mental et physique en rétrécissement, le boulimique jouit de l’incorporation sensitive (aussi bien orale, auditive, visuelle, …) de l’environnement. On a trop tendance à considérer la boulimie uniquement sous l'aspect de fixations dans la sphère orale, non dépassées. Or, la boulimie représente dans les sociétés occidentales non pas la capacité à engloutir tout ce qui se trouve à disposition, mais l’absence de discernement entre les objets du monde environnant. Tout est identique ! La profusion des objets a nivelé les différences, de sorte que tout est consommable au même titre, selon les mêmes critères de valeur. La saturation remplace la sensation de faim. L’incapacité de ‘digérer’ mentalement et psychiquement le trop perçu, entraîne le 'vomissement'. Car la saturation n’est pas une opération mentale. Elle entraine simplement le débordement d’un trop plein. Seul l’accès au discernement permet à la sphère mentale de rééquilibrer les échanges.
 
La thérapie emdr permet de résorber dans un premier temps les traumatismes identifiés qui ont pu déclencher l'inclusion des objets, dévitalisation ou dilatation psychiques.
Le rêve éveillé permet de réapprivoiser et de valoriser progressivement le corps.

Ajoutons que le Dr. Patrick ZILLHARDT, lors du 8è Colloque EMDR européen de juin 2007, a évoqué la valeur de la psychanalyse et son apport indispensable dans cadre des protocoles EMDR destinés au traitement des troubles des conduites alimentaires et addictions.

Pour en savoir plus...
 
Une meilleure observance à un régime méditerranéen est associée à une amélioration significative de l´état de santé comme le montre la réduction significative de la mortalité totale (9 %), de la mortalité par maladie cardiovasculaire (9 %), l´incidence ou la mortalité de cancer (6 %) et l´incidence de la maladie de Parkinson ou de la maladie d´Alzheimer (13 %). Ces résultats ont une importance réelle en terme de Santé Publique, en particulier pour encourager, en prévention primaire des maladies chroniques majeures le suivi d´une alimentation de type méditerranéen.
 

Louis COSTE, psychothérapeute,Argenteuil,Ermont (Val d'Oise-95)


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